08 juillet 2026
C’est la vocation d’un office public de l’habitat que de proposer des logements accessibles, de qualité, d’assurer le droit au logement et de contribuer à la mixité sociale. Et c’est d’autant plus la raison d’être de Paris Habitat quand le marché immobilier se tend à l’extrême et que les opportunités de trouver un logement se réduisent pour une grande majorité des Franciliens.
Quand 880 000 demandeurs attendent l’attribution d’un logement social en Île-de-France, dont 327 000 à Paris, 9 100 logements se libèrent dans le même temps dans la capitale. Nous sommes amenés alors à piloter les attributions avec une précision d’orfèvre et à prêter une attention forte aux situations les plus urgentes.
Si 70 % des franciliens justifient des ressources éligibles à un logement social, force est de constater que près des deux tiers des demandeurs relèvent du plafond PLAI. Les ménages les plus modestes sont en effet les premiers à subir les conséquences de la crise en cours. Garantir l’accueil de ces ménages dans notre parc ne peut rester un slogan mais doit être une priorité concrète. Elle traduit le rôle protecteur du logement social, ce bien public, dans la réalité de ces ménages.
Depuis presque 10 ans, sous l’effet de la loi Egalité et Citoyenneté (2017), l’accueil des ménages les plus pauvres est devenu l’affaire de tous les acteurs de l’habitat social. L’objectif est de dédier aux demandeurs du premier quartile, 25 % des attributions de logements en dehors des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Relever en 2026 de ce premier quartile en Île-de-France, signifie percevoir moins de 1 007 euros par mois et par personne (unité de consommation) et donc justifier de ressources inférieures au seuil de pauvreté.
L’idée est simple : au moins un quart des logements dans les quartiers de droit commun, sont attribués au quart des ménages les moins fortunés. Quoi de plus naturel ? Nous nous y sommes engagés et nous y sommes parvenus. Avec le soutien de la ville de Paris et de l’Etat, nous avons progressivement levé les freins qui pesaient et gagné, année après année, des zones de marges. D’abord en balayant devant notre porte. Nous avons questionné les raisons qui nous empêchaient jusque-là d’atteindre ces objectifs. Sans doute avions-nous collectivement quelques idées reçues. Sans doute aussi, ne prenions-nous pas assez en compte l’impact des aides au logement dans l’évaluation de la solvabilité de ces ménages.
Ces a priori levés, nous avons choisi de mobiliser notre contingent propre, au service de ces ménages. Nous avons alors priorisé les mutations internes, accédant aux demandes des locataires déjà présents dans notre parc et dans celui du parc social, fluidifiant les parcours résidentiels tout en répondant aux besoins issus de nos opérations de réhabilitation. L’objectif est de proposer chaque fois, un logement mieux adapté à des typologies familiales ou des situations économiques qui auront pu évoluer au gré des itinéraires personnels. A partir de ce même contingent, nous sommes également attentifs à questionner pour chaque logement économiquement accessible, la possibilité de le proposer aux publics prioritaires. Ceux-ci sont accompagnés par des travailleurs sociaux et relèvent pour 40 % du premier quartile.
En parallèle de ce travail, nous avons mené plusieurs actions de front. Nous avons sensibilisé les services en charge de la gestion de la demande à l’importance d’une meilleure qualification des ressources des demandeurs. Aujourd’hui, la valeur seuil du premier quartile (12 083 euros par an) reflète la réalité des situations des demandeurs. Ensuite, nous avons travaillé avec nos réservataires à cette priorité et développé de nouveaux outils. La création, aux côtés du Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) et des deux autres bailleurs de la ville de Paris, d’une grille d’accessibilité économique, nous a permis collectivement d’identifier le niveau de ressources minimum requis par typologie de logement et par composition familiale. En d’autres termes, pour ce logement, quel est le loyer minimal acceptable, quelles sont les ressources nécessaires, quel est le minimum possible ? L’enjeu est d’aider le réservataire à mieux apprécier l’adéquation entre les ressources (Aide personnalisée au logement incluse) et la quittance du logement à pourvoir.
Une décennie s’est écoulée, qui démontre qu’il a été possible de lever les contraintes et de progresser dans l’accueil de ces ménages. En tant que cheffe de service à Paris, je m’en félicite. Je vois ici nos valeurs communes s’exprimer et le sens de notre mission s’accomplir. Je vois surtout notre contribution à une ville plus équilibrée. Car derrière ces chiffres, ces seuils et ces objectifs quantitatifs, il s’agit d’abord de parcours de vie, de situations individuelles. Soyons fiers de notre mission et de notre engagement à la réaliser pleinement !
Adeline Loiseleux