9 avril 2026
En matière de politiques sociales et plus encore, d’accès aux droits sociaux, il est des idées répandues. Parmi elles, l’image du « profiteur » aux aides sociales est allégrement relayée. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les études publiées en 2022 de la Direction de la recherche, des études et de l’évaluation et des statistiques (Drees), 50 % de ceux qui pourraient y prétendre en France, n’ont pas recours au minimum vieillesse. Ce taux de non-recours est de 34 % pour le RSA et de 30 % pour l’assurance-chômage. Si ce cliché apparait dès lors éventé, ces chiffres laissent apparaitre, plus important, que le non-recours prive des ménages de ressources auxquelles ils ont pourtant droit. Fragilisant les plus vulnérables, ces situations ouvrent également un cercle vicieux, renforçant l’exclusion, creusant les inégalités et pouvant aboutir à des situations d’impayés.
En tant que cheffe des politiques d’accompagnement social à Paris Habitat, j’ai pu aux côtés de mes collègues de la direction des politiques sociales et des équipes de proximité de l’Office en prise directe avec ces enjeux, en être souvent émue. Surtout, parmi ces locataires âgées, ces familles monoparentales, ces personnes isolées, beaucoup se heurtent à la complexité des démarches administratives, au manque d’information et à la méconnaissance de leurs droits, aux difficultés liées au numérique et à la peur de la stigmatisation. Au sein de notre parc, le non-recours notamment aux aides au logement, concerne près d’un locataire sur trois.
Depuis plusieurs mois, nous avons donc déployé à Paris Habitat, un dispositif inédit : “Vos droits en direct”, des permanences pour lutter contre le non-recours aux droits. L’objectif est de proposer sans rendez-vous et au plus proche du domicile des locataires, une analyse à 360 degrés de leurs droits. Nos équipes sociales sont ainsi largement mobilisées aux côtés de nos partenaires dont les acteurs de terrain de la ville de Paris comme les Maison des solidarités, et de la Caisse d’allocation familiale. L’enjeu est de simplifier ensemble l’accès aux droits, de lutter contre les causes du non-recours et d’ouvrir les droits de la manière la plus instantanée possible. Ce n’est pas seulement une aide aux démarches administratives mais aussi un levier essentiel pour permettre aux locataires concernés de vivre décemment et sereinement dans leur logement.
Concrètement, ce dispositif s’est d’abord développé dans le cadre de l’expérimentation “Territoires zéro non-recours” lancée par l’Etat et déployée par la ville de Paris, dans les 10e, 11e, 13e, 19e et 20e arrondissements. A titre d’exemple, les permanences proposées dans le 13e arrondissement au sein de l’agence Bédier, dans le secteur de la porte d’Ivry, ont permis d’accompagner plus de 100 locataires. Et tout au long de l’année 2025, plusieurs dizaines de permanences ont permis de rencontrer près de 400 locataires éloignés des institutions et n’ayant pas fait valoir ou renouvelé leurs droits.
Forts de ces résultats, nous avons décidé d’élargir le dispositif en 2026 à l’ensemble de notre patrimoine, à Paris et en banlieue, et de manière progressive à Champigny-sur-Marne mais aussi dans les 5e, 17e, 18e, 19e arrondissements parisiens. Car aller au-devant des locataires pour lutter contre le non-recours et mieux les accompagner, ça marche !
Sophie Zeghlache